Journée d’étude: Écrire une ville, habiter une ville : représentations spatiales des persécutions en Europe occupée (1940-1944)

25 mai 2020

Journée d’études PHILIXTE

Université libre de Bruxelles

En collaboration avec Vrije Universiteit Brussel

5 juin 2020

Format visioconférence

Programme

À l’occasion de la présente journée d’études, nous nous proposons de réfléchir à la manière dont l’imaginaire urbain renvoie à des territorialités qui sont simultanément habitées par les écrivains et artistes, l’Occupant, les autochtones et ceux qui sont désormais considérés dans leur condition d’exclus, d’étrangers ou de « clandestins », pour emprunter ce terme à Jan Cox (cf. son tableau Les clandestins du quai Van Dyck, 1942).

Comment se déploie cet imaginaire urbain à travers les représentations littéraires, picturales, musicales, filmiques qui portent sur la destruction lente qui gagne l’Occident dans les années 40, cette « fin, une fin incompréhensible, la fin d’une ville, d’un temps, d’une pensée » (Paul Nougé, « La guerre ») ? Comment s’est agencé cet espace imaginaire qui renvoie – explicitement ou implicitement – à l’espace qu’il dédouble – l’espace référentiel, organisé selon la nouvelle législation imposée ? Il s’agit d’un espace qui conditionne l’admission : les enfants israélites n’ont « plus le droit de s’asseoir sur les bancs de nos écoles » (comme le dénonce l’Enseignement en 1941), d’autres interdictions concernent la fréquentation des parcs publics, et lorsque la fréquentation de l’espace commun est permise (rues, places, certains intérieurs), c’est avec un signe distinctif qui met en évidence la non-appartenance territoriale. Le tableau de Felix Nussbaum en porte témoignage en mettant en lumière la condition de hors-la-loi de l’homme à l’étoile jaune dans Bruxelles occupé (Autoportrait au passeport juif, 1943) ; Kurt Peiser, quant à lui, montre un « étoilé » dans un décor de l’intérieur où, semble-t-il, rien ne se détache, sauf ce morceau jaune qui ressort sur un fond sombre (L’étoilé).

Nous invitons les contributeurs à s’interroger sur la part de la dimension spatiale dans les écrits (fiction, poésie, écrits intimes, théâtre, etc.) ou les réalisations picturales des écrivains et artistes qui ont réagi face aux mesures introduites à l’encontre des Juifs. Est-ce que la ville des années 40 a été affectée dans ses représentations comme dans sa réalité ? Comment se présente-elle dans le roman policier ou les textes du fantastique réel des auteurs belges par exemple (Max Servais, Jean Ray, Franz Hellens, Thomas Owen…) ? L’atmosphère lugubre et terrifiante a-t-elle à voir avec l’Histoire ou s’agit-il d’un cadre imposé par le genre littéraire ? Comment est-elle appréhendée par les surréalismes belge et français ? Ou encore, comment cet espace urbain se matérialise-t-il plus particulièrement dans les arts plastiques de l’époque ? Lorsque le peintre alsacien Joseph Steib repense le cadre intérieur/extérieur, il ne laisse aucune place à l’espace non envahi par l’idéologie et la persécution s’effectue jusqu’au lieu le plus intime (Nous sommes venus vous libérer, 1944). Le dehors, ainsi que le dedans, deviennent des espaces contrôlés auxquels il est impossible d’échapper (Charlotte Salomon, Leben? Oder Theater? Ein Singespiel).

Dans le cadre de ces questionnements, les espaces culturels suivants seront examinés : belge, français, allemand, afin d’interroger les différences et convergences entre les regards portés sur les événements qui bouleversent le monde intelligible des territorialités par l’imposition de nouvelles polarités et partitions. Ces regards divergent-ils selon les périodes historiques (début des années 30, entre-deux-guerres, guerre) ? Ou selon la situation occupée, à l’intérieur ou à l’extérieur du pays (voir les cas des écrivains français et belges ayant effectué un voyage en Allemagne dans les années 30 et des écrivains allemands qui vivent les premières années du nazisme avant de quitter le pays) ? Confronter plusieurs aires culturelles permettra de mettre en perspective les différents points de vue dirigés vers cet espace d’exclusion et d’observer ainsi son image plurielle.

Nous nous focaliserons tant sur les écrivains/artistes qui se sont opposés aux mesures d’exclusion et de persécution que sur ceux qui ont été eux-mêmes victimes de telles mesures, sans oublier ceux qui se sont alliés au régime et à l’appel du meurtre.

La période étudiée s’étendra des années 1930 à la Libération – moment où un nombre d’écrits (mais aussi œuvres d’art) réalisés pendant la guerre vont pour la première fois être diffusées.

Intéressé.e ? Envoyez un mail de réservation à cette adresse : tina_mamatsashvili@iliauni.edu.ge

Les interventions de la Journée d’étude sont en ligne ! Retrouvez-les ci-dessous.

Vivian Liska : Places, Words and Stones. Vienna in Postwar Austrian-Jewish Literature

Hubert Roland : Vivre au quotidien la lutte contre la terreur national-socialiste

 

Hans Vandevoorde : Idel Ianchelevici et ses amis bruxellois. Comment survivre la guerre

 

Alexis Nuselovici : L’espace urbain comme spatialité exilique

 

Helga Mitterbauer et Louise Counet : L’écriture auto-fictive chez Hertha Fuchs-Ligeti

 

Christopher Brent Murray : La mélodie clandestine et ses imaginaires spatiaux

 

Pierre Buch : Espace et judaïté chez Kurt Peiser, peintre de l’exclusion sociale

 

Bela Tsipuria : Spatial Representation of Tbilisi in Georgian Poetry of the 1930s

 

Maélys Vaillant : L’aliénation des espaces sociaux dans les romans des auteurs Juifs

 

Annelies Augustyns : Breslau sous le national-socialisme

 

Atinati Mamatsashvili : 1940-1944 : espaces d’éviction et d’expulsion dans les œuvres littéraires

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